Analyse | Pas de budget : un manque de transparence
La décision du gouvernement Carney de ne pas présenter de budget pour l’exercice en cours soulève de sérieuses préoccupations en matière de transparence. Après le dépôt chaotique de la mise à jour du gouvernement en décembre, qui a été précédé le jour même de la démission de la ministre Chrystia Freeland, l’actuel ministre des Finances, François-Philippe Champagne, annonce l’annulation de la présentation d’un budget pour 2025-2026. Il faudra donc attendre le début de l’automne pour avoir une mise à jour des états financiers du gouvernement et, sans doute, quelques nouvelles mesures tirées des engagements du Parti libéral du Canada (PLC). Le travail habituel et normal, qui est celui de présenter, juste avant le début de l’exercice, un document détaillé et chiffré des projets et des décisions du gouvernement, n’aura donc pas lieu. C’est un manque flagrant de transparence et de respect des conventions. Ce genre de choses ne se produit que très rarement. Cela a été le cas en 2020 parce que la pandémie est venue stopper net l’économie en mars. Le gouvernement s’apprêtait alors à présenter son budget. L’urgence d’aider les Canadiens a entraîné une forte hausse des dépenses et la récession a fait plonger les revenus de l’État, rendant impossibles toutes projections. Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans la même turbulence, bien que l’incertitude règne avec la guerre commerciale lancée par Donald Trump. N’empêche, le gouvernement est capable de faire des projections, d’établir des scénarios et, surtout, d’intégrer dans un vrai budget ses quelque 130 milliards de dollars de promesses faites durant la campagne. Donald Trump a signé un nombre record de décrets présidentiels depuis son retour à la Maison-Blanche. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / Anna Moneymaker Faut-il le rappeler : les libéraux ont dévoilé un cadre financier, à quelques jours du scrutin, qui prévoit un déficit de plus de 60 milliards de dollars cette année, et des investissements massifs dans les infrastructures, en défense et dans les baisses d’impôt. Comme un cadre a été établi, en pleine campagne électorale, pourquoi ne pas intégrer officiellement ces engagements dans un budget en bonne et due forme? Puisque les gens du ministère des Finances travaillent à l’élaboration d’un budget depuis le début de l’année, et puisque l'éphémère ministre des Finances Dominic LeBlanc nous disait en février qu’il œuvrait à la préparation d’un budget, comment expliquer l’incapacité pour le nouveau gouvernement Carney de présenter un budget? En entrevue à Zone économie mercredi soir, François-Philippe Champagne nous a dit qu’il ne voyait pas les choses de cet œil. Selon lui, dans le contexte actuel, le gouvernement n’a d’autres choix que d’attendre Le ministre affirme que la campagne électorale a permis à sa formation politique de présenter clairement ses priorités pour la défense, le logement et les infrastructures. Il est d’avis que les Canadiens ont bien compris que son gouvernement s’engage à réduire la croissance des dépenses de fonctionnement tout en augmentant les investissements pour faire croître l’économie canadienne, l’innovation et la productivité. De façon stratégique, le gouvernement minoritaire de Mark Carney décide donc de se donner du temps pour mettre en place son plan. Ça commence par une baisse d’impôt, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet, si le projet de loi qui sera déposé lors du retour en Chambre est adopté. Le taux du premier palier d’imposition passera ainsi de 15 % à 14 %, ce qui permettrait à un couple d’avoir accès à une réduction fiscale d’un peu plus de 800 $. Le coût de cette baisse d’impôt frôlerait les 6 milliards de dollars. Il n’en demeure pas moins que cet engagement est annoncé avant même d’avoir en main un état de la situation financière du gouvernement et des projections sur lesquelles le ministère des Finances travaille. Baisser un taux d’imposition vient réduire la capacité fiscale d’un gouvernement, et le gouvernement s’engage dans cette avenue sans révéler le cadre financier de l’État. Est-ce bien prudent? Est-ce bien responsable? L’agence de notation Standard and Poor's a récemment abaissé la notation de crédit du Québec, s’inquiétant du niveau de dépenses de l’État et du contexte économique et commercial avec les États-Unis. L’agence a aussi abaissé la notation de la Colombie-Britannique. La cote de crédit du Canada pourrait-elle être en jeu, elle aussi, compte tenu de la guerre commerciale, du ralentissement de l’économie, des projets de dépenses du nouveau gouvernement et de l’absence de clarté sur l’état des finances publiques? Nous avons souvent expliqué que la situation financière du Canada est avantageuse. Par rapport au PIB, le déficit est plus faible que dans les autres pays du G7, tout comme son endettement. Le Canada a une marge de manœuvre pour intervenir et aider ses entreprises, advenant un choc tarifaire qui viendrait faire plonger le PIB. La décision du gouvernement Carney pourrait toutefois nuire à la réputation du pays et à la confiance des investisseurs, mais surtout des Canadiens.
Pour moi, il y a un élément de logique, il y a un élément de clarté. [...] C’est très clair, c’est très logique, c’est transparent.

le début de l’automne
pour présenter une mise à jour qui sera substantielle
, a promis le ministre Champagne. On vit une période économique assez particulière. Je serai l’hôte des ministres du G7 et des gouverneurs des banques centrales la semaine prochaine. Il y a beaucoup d’incertitude, il y a beaucoup de volatilité.
Une baisse d’impôt… qui pourrait alerter les agences de notation?
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